Nuit d'orage, par Cathy Schimpf

Piste d'écriture: L'homme sous l'orage, de Gaëlle Nohant

2002, une petite ville dans le nord de l’Espagne.

Une pluie drue s’était subitement mise à tomber alors que le jour déclinait. Elles n’avaient pas été les seules à se faire surprendre. Des passants courraient se réfugier, qui sous un porche, qui dans un des rares commerces encore ouverts à cette heure, pour échapper au déluge. C’est alors qu’elles le virent. Le jeune homme ruisselait ; malgré le journal avec lequel il avait tenté d’échapper à ce déchainement des éléments, il était trempé de la tête aux pieds. Alors qu’il s’approchait d’un pas vif de leur abri de fortune, le sas d’une agence bancaire où elles s’étaient abritées en attendant une accalmie, il ralentit en les voyant et osa, d’une voix timide : Bonjour, est-ce que je peux… ?

- Viens donc t’abriter avec nous ! lui dit Sara sans la moindre hésitation, le saisissant par la manche de sa veste trempée, tu vas attraper la mort sinon !

Pendant ce temps-là, Samia le dévisageait de la tête aux pieds. Un chiot mouillé, voilà à quoi il ressemble ; mais d’où sort-il celui-là ?!

- Merci, c’est gentil… je viens d’arriver ici… je viens de loin : de Suisse ! Je voyage depuis hier… ajouta-il avec un accent qui n’avait rien de suisse. Et je n’ai que des francs suisses, et ici j’ai l’impression que personne n’en veut ! Fit-il d’un air songeur.

Alors que les deux filles le dévisageaient, perplexes, Sara osa : Mais, à part la Suisse… en fait… tu viens d’où ? 

- Je me présente, Nasser, je viens de l’Inde, mais vous pouvez m’appeler Nass. Et vous ? fit-il en lançant des coups d’œil aux deux jeunes filles.

- Moi c’est Samia et elle, Sara, on est cousines et on est venues ici pour la saison, on travaille dans un hôtel-restaurant.

- Tu as un endroit où aller ? la coupa Sara et, devant son signe négatif de la tête, elle ajouta : Il est tard et il fait nuit, il ne faudrait pas trop tarder ! Viens, on va t’aider à trouver quelque chose.

- On pourrait peut-être l’emmener chez les paki ? C’est presque ses compatriotes, ils pourront peut-être l’aider ? proposa Samia, ce à quoi Nasser acquiesça même s’il n’avait pas tout compris.

Les trois jeunes gens se mirent en route, profitant d’une accalmie qui ne durerait sans doute pas. La pleine lune éclairait leur chemin et ils finirent par arriver au cybercafé-épicerie tenu par des Pakistanais. Mais il était déjà fermé : eux aussi visiblement, la pluie les avait fait fuir. A défaut, elles décidèrent de se réfugier dans le café qui jouxtait leur hôtel, histoire de se sécher et se réchauffer un peu. Cela leur permit de faire plus ample connaissance avec Nasser, qui leur conta son périple depuis la Suisse où il venait de passer l’année, dans le cadre d’un échange universitaire. Il avait décidé, une fois ses examens terminés, d’en profiter pour voyager en Europe.

Les langues se délièrent et des anecdotes sur leurs vies si différentes furent échangées. Mais bientôt, il fut l’heure pour le café de fermer et de nouveau, les trois jeunes gens se retrouvèrent dehors sous la pluie qui redoublait.

Sara regarda sa cousine avec un point d’interrogation dans les yeux. On pourrait… ? commença-t-elle.

- Bon, d’accord, trancha Samia, on va quand même pas le laisser dormir dehors comme un chien ! Allez, tu viens avec nous, la chambre qu’on nous a donnée à l’hôtel où on travaille, c’est presque une suite, avec salon et tout ! Tu dormiras sur le canapé, et demain on verra. Mais pas un bruit, fit-elle en posant un doigt sur sa bouche. Il ne faut pas se faire remarquer. Normalement on ne doit amener personne.

Elles eurent vite fait de rejoindre leur hôtel qui se trouvait juste à côté et, ouvrant la porte avec précaution, ils montèrent tous les trois, sur la pointe des pieds, les trois étages qui menaient à la chambre des deux cousines. Nasser paraissait hésiter. Vous êtes sûres ? Je ne vais pas vous déranger ? Ça me gêne… murmurait-il figé sur le pas de la porte. Rentre, idiot, ou tu vas nous faire repérer, trancha Sara. Et les voilà tous les trois dans le salon du petit appartement que les Espagnols nommaient « Estudio ». Elles ne m’ont pas menti, c’est un vrai palace ! songea le jeune homme, en prenant place sur le canapé. Je me demande bien ce qui les a pris de m’aider…

Mais il ne se le demanda pas longtemps. Entre la fatigue de son long voyage, l’angoisse de passer la nuit dehors puis la soirée chaleureuse avec ses deux anges gardiennes, il sombra dans un profond sommeil.

Photo de Wenniel Lun sur Unsplash

Pistes d'écriture et textes
Retour