Un paysage vivant, et une prophétie positive

Une description vivante… et une prophétie positive, avec Agnès Desarthe, "L'oreille absolue", éd. de l'Olivier, 2025

C’est un hiver où rien ni personne ne doit mourir. Les rosiers continuent de porter des fleurs, plus chétives qu’au printemps, moins parfumées qu’en été, aux pétales décolorés presque transparents. Les framboisiers laissent pendre leurs petits visages rouges, comme honteux, sous les feuilles recourbées.

Les oiseaux poussent leurs cris vigoureux au cœur de la nuit sans craindre les éperviers, pas plus que les martres ou les chats. Les mouches, gorgées de la canicule passée, poursuivent leur vol paresseux, insensibles au froid qui crispe pourtant la rosée du matin.

(......) Rien ni personne ne meurt. Ni Gervais ni Alejandro ni Raquel (…) ni le chat de Mariette. Le jour lui-même ne ternit pas ; il règne, blanc et mat, de neuf heures à seize heures, avant de répandre sur la nuit un zeste de lumière argentée. 

Cet extrait se situe p 15 à 17, au deuxième des courts chapitres qui composent le roman. Mais ce thème reviendra plusieurs fois, modifié, modulé, enrichi. A la toute fin, on verra d’ailleurs le chat Valentin boitiller dans le bourg et rentrer se mettre à l’abri chez sa maîtresse. Lui, pas plus que les autres, n’est décédé, alors que les dangers se concentrent, créant aussi des occasions de rencontres inattendues et de prises de conscience.

L’harmonie de la petite ville prépare le concert de Noël, qui va rassembler tous les protagonistes, et jusque-là, tout semble en suspens. Il y a quelque chose de musical dans la reprise régulière de ce thème, et cela convient bien à cette histoire.

 On peut penser aussi à la structure d’un conte, à une littérature orale qui établit, par les redites et les modulations, un lien de complicité entre conteur et auditeurs.

 

Ce qui m’a intéressée également dans ce passage est la manière dont les éléments dont tous acteurs, par exemple les framboisiers, les rosiers, la lune énorme qui règne, les ombres qui projettent, les mousses qui persistent… La grive musicienne fait figure de sauveteuses involontaire, le chat preuve d’une détermination sans faille.

Dans le cadre des Nuits de la lecture, qui auront lieu en janvier, et dont le thème est cette année Ville et campagne, j’avais envie d’attirer votre attention sur la manière de rendre un paysage vivant – et sur le même plan que l’homme. Giono était incroyable pour créer cette impression d’immersion. Sans doute parce qu’il vivait au cœur d’une nature imposante, et d’une société agricole soumise aux aléas climatiques. Mais aussi parce qu’il avait ce sentiment vitaliste profond.

Au niveau littéraire, cela se traduit par l’association de verbes à la forme active aux éléments dont il parle. Agnès Desarthe, dans sa description de la petite ville, fait de même. Par exemple, au tout début, on n’a pas : « Les carrés orange des fenêtres sont découpées dans la nuit indigo », mais : « les fenêtres découpent des carrés orange dans la nuit indigo ». De même l’herbe des talus n’est pas « enrobée de givre », mais « L’Herbe des talus s’enrobe de givre, les brins se raidissent en émettant de minuscules craquements. Les insectes enterrés perçoivent le carillon des tiges que le gel fige au-dessus d’eux ». La conscience est universelle, tout est important, du minuscule au gigantesque.

La première piste d’écriture que je vous propose sera de créer un tel tableau... En parlant de tableau, à chaque fois que je vois les peintures de Van Gogh, j’ai cette sensation d’une énergie qui jaillit de la toile.

 

La deuxième piste d’écriture sera de reprendre, ou de créer un postulat semblable à : C’est un hiver où rien ni personne ne doit mourir.

Pour mettre en œuvre cette prédiction, l’auteure nous fait partager diverses situations qui auraient pu mal tourner. Plus loin, elle nous fera entrer plus avant dans l’esprit de certains personnages, dont un des musiciens résolu à se pendre, et un petit garçon turbulent qui ignore qu’il possède l’oreille absolue.

Vous pouvez poursuivre le texte, accompagner ces personnages ou créer d’autres incidents liés à ce postulat. Malgré l’imminence du danger, toujours un inattendu fait pirouetter la situation. Il s’agit d’être créatif !

Vous pouvez aussi projeter ce postulat dans un tout autre univers, et lui trouver une cause de votre choix.

 

Enfin, vous pouvez imaginer un autre principe. Quelles en sont les conséquences ? comment garder le suspense ? et faire avancer, ou pas, les choses pour vos protagonistes ?

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